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Vous aimez partir en rando pour vous vider la tête, pas pour finir étranglé au milieu d’un parc naturel glacé. Sarek joue justement sur ce décalage : un décor de vacances sportives, une petite bande d’amis, et puis, au bout du sentier, le cauchemar.

Le roman d’Ulf Kvensler, acteur et scénariste suédois, a décroché le Prix du meilleur Polar des lecteurs Points 2025 et le prix du meilleur premier roman policier de l’Académie suédoise. Ce n’est pas juste un « polar nordique de plus » : c’est un huis clos de montagne, assez tendu pour donner envie de vérifier deux fois la météo avant votre prochaine sortie.

Dans cet avis LivresEnsemble, on va voir :

  • ce que raconte vraiment Sarek (sans tout spoiler, promis)
  • l’ambiance et le style, très visuel, hérités des séries télé
  • pour qui ce livre fonctionne à fond… et pour qui il risque d’agacer
  • ce que ce polar a de plus que les autres rando-glaçons du moment
Sarek, Prix du meilleur Polar 2025




De quoi parle Sarek, concrètement ?

Un matin, dans le parc sauvage du Sarek, en Laponie suédoise, une femme est retrouvée en hypothermie, le corps couvert de contusions et de marques de strangulation. Elle s’appelle Anna. Elle était partie randonner avec trois personnes : Henrik, son compagnon, Milena, une amie de longue date, et Jacob, le nouveau petit ami de Milena.

Problème : on ne sait pas où sont passés les autres. Et Anna, affaiblie, doit trouver la force de raconter aux policiers ce qui s’est réellement passé là-haut, dans ce massif isolé du nord de la Suède.

Le roman alterne entre :

  • la randonnée, dans ces montagnes grandioses et hostiles
  • la reconstitution, morceau par morceau, de la catastrophe
  • les tensions dans le groupe, qui montent à mesure que le terrain devient dangereux

Jacob, le fameux invité de dernière minute, a un comportement instable qui met tout le monde mal à l’aise. On sent très vite que quelque chose ne tourne pas rond, mais on ne sait jamais si le danger vient seulement de lui… ou aussi des autres, ou même du milieu naturel lui-même.



Ambiance : un huis clos à ciel ouvert

Sarek est vendu comme « un huis clos puissant dans un décor d’une grande sauvagerie : le parc naturel suédois du Sarek ». L’expression résume bien l’ambiance.

Quelques points clés :

  • les grands espaces ne libèrent pas, ils enferment : plus on avance, plus on s’éloigne de tout secours
  • la météo, le froid, le relief deviennent presque des personnages secondaires
  • les tensions psychologiques se calent sur le terrain : montée, fatigue, chute, tempête…

On est loin du polar urbain classique. Ici, le commissariat est remplacé par un sentier de montagne, le bar par une tente battue par le vent. Une simple pause pour remplir les gourdes peut virer au règlement de comptes silencieux.

Les retours de lecteurs parlent de roman « glaçant et suffocant », « angoissant jusqu’au dénouement », avec une histoire « prenante et haletante ». D’autres nuancent en disant que cette atmosphère oppressante peut finir par lasser, justement parce qu’on reste longtemps dans ces paysages hostiles.



Personnages : un petit groupe qui dérive

Pour appliquer notre méthode LivresEnsemble, il faut regarder les personnages de près : c’est là que le polar tient, ou casse.

Dans Sarek, on suit un quatuor :

PersonnageRôle dans le groupeCe qui le rend intéressant
AnnaVictime retrouvée, narratrice fragiliséeEntre traumatisme, survie et zones d’ombre dans son récit
HenrikCompagnon d’AnnaFigure rassurante… en apparence seulement
MilenaAmie du coupleCharnière entre tout le monde, loyautés pas toujours claires
JacobNouveau compagnon de MilenaComportement instable, élément perturbateur permanent


Les avis de lecteurs sont partagés : certains adorent ce côté « jeu de dupes » avec coups de théâtre et souffrances psychologiques. D’autres disent qu’ils ne se sont attachés à aucun personnage, ce qui peut refroidir quand on aime les héros très attachants.

Ici, Kvensler vise clairement l’ambiguïté : on ne sait jamais vraiment qui est sincère, qui manipule, qui est juste dépassé par la situation. On sent la patte du scénariste de séries : chaque interaction est comme une scène calibrée pour faire monter ou relâcher la tension.





Rythme et construction : lent, tendu, puis brutal

Sarek ne fonce pas à toute vitesse dès la première page. Le rythme est plutôt progressif : on s’installe dans le trek, on apprend à connaître la dynamique du groupe, on goûte les paysages, puis la tension se resserre.

Quelques éléments à garder en tête :

  • 504 pages en format poche, donc un vrai gros roman, pas un court thriller.
  • une montée en puissance par petites touches : incidents, malaises, décisions discutables
  • un récit qui se construit entre ce qu’Anna raconte et ce qu’on devine

Des lecteurs parlent d’une atmosphère « angoissante » qui tient « jusqu’au dénouement ». D’autres trouvent certaines longueurs dans la progression, surtout si on n’est pas fan des descriptions de montagnes ou des introspections sous la pluie.

La fin, surtout, divise : certains la trouvent abrupte, presque frustrante. D’autres au contraire y voient la force du livre, parce qu’elle laisse place à plusieurs interprétations et prolonge le malaise après la dernière page. Si vous aimez les conclusions très nettes, expliquées point par point, vous risquez un léger grincement de dents.



Style et écriture : un polar de scénariste

Ulf Kvensler n’arrive pas de nulle part : il est acteur, scénariste et réalisateur, connu notamment pour plusieurs séries à succès. Sarek est son premier roman, déjà traduit en plus de vingt langues, ce qui en fait une vraie révélation du polar nordique.

Dans le texte, ça se sent :

  • des scènes très visuelles, faciles à imaginer comme des plans de série
  • des dialogues nombreux qui font avancer l’intrigue
  • un souci du suspense à la fin de certains chapitres, façon épisode qui s’arrête sur un mini-cliffhanger

Le style reste accessible, sans jargon technique de montagne. On est plus dans l’efficacité narrative que dans la grande prose littéraire. L’objectif est clair : que vous tourniez les pages, encore une, puis encore une autre, sans forcément admirer chaque phrase.

Pour un premier roman, l’ensemble tient bien la route. Et les prix reçus (meilleur polar des lecteurs Points 2025, meilleur premier roman policier en Suède) montrent qu’il a tapé dans l’œil de lecteurs très différents.





Ce que Sarek réussit particulièrement bien

Avec notre grille LivresEnsemble (ambiance, rythme, style, thèmes, public), Sarek marque de bons points sur plusieurs aspects.

Les grandes forces :

  • Un décor marquant : le parc naturel du Sarek, parc sauvage du nord de la Suède, est plus qu’un fond de carte, c’est un piège à ciel ouvert.
  • Un vrai huis clos en plein air : l’isolement, la météo, l’absence de plan précis du trek – certains lecteurs le regrettent – renforcent l’impression de perdition.
  • Une tension psychologique continue : souffrances physiques, pressions mentales, jeux de dupes, coups de théâtre… les ingrédients du thriller sont là.
  • Une structure immersive : le lecteur avance presque au même rythme que les randonneurs, ce qui rend les dérapages d’autant plus crédibles.

On sent que Kvensler connaît les codes du polar nordique : atmosphère sombre, critique implicite des rapports humains, importance du paysage. Mais il les applique à un groupe réduit, sur un temps court, ce qui resserre le suspense.



Les limites à connaître avant de se lancer

Pour rester honnête, Sarek n’est pas le livre parfait, même avec un prix prestigieux au-dessus de la couverture.

Ce qui peut coincer :

  • Une fin jugée abrupte par plusieurs lecteurs, qui auraient aimé quelques pages de plus pour tout digérer.
  • Une atmosphère jugée parfois répétitive : toujours ces montagnes, ce froid, ce malaise… certains finissent par décrocher un peu.
  • Des personnages auxquels on ne s’attache pas forcément : quelques lectrices et lecteurs parlent d’un « bien, sans plus », parce qu’ils n’ont pas réussi à vibrer pour le quatuor.
  • Le manque de repères topographiques : l’absence de plan détaillé du parcours frustre les fans d’outdoor qui aiment suivre précisément un itinéraire.

Rien de tout ça ne casse le roman, mais ce sont des éléments à avoir en tête. Si vous cherchez un polar très « cosy », avec beaucoup d’humour ou de chaleur humaine, ce n’est pas la bonne boîte de nuit. Ici, on est plus dans le froid qui mord les joues et dans les secrets qui font mal au ventre.



Pour quel type de lecteur Sarek est-il fait ?

Sarek vise un public assez large, mais tout le monde n’y trouvera pas la même chose. Pour vous aider à trancher, voilà un petit repère rapide :

  • Vous aimez les polars nordiques, les grandes étendues sauvages, les ambiances très immersives : vous êtes clairement dans la cible.
  • Vous rêvez de récits de trekking où le décor a un vrai rôle : ce roman coche la case « montagne hostile » avec application.
  • Vous appréciez les thrillers psychologiques plus que les enquêtes procédurales : parfait, la police reste en arrière-plan, l’essentiel se passe entre les quatre protagonistes.
  • Vous avez besoin de personnages très attachants, presque des amis de papier : là, prudence, la froideur relative du casting peut freiner votre enthousiasme.
  • Vous aimez les fins bien carrées, sans zone grise : préparez-vous à une conclusion qui laisse du jeu, et donc des discussions possibles.

Une scène résume bien la lecture : imaginez quatre personnes arrêtées au bord d’un torrent de montagne, à bout de forces, qui hésitent sur le chemin à prendre. Personne ne dit vraiment ce qu’il pense, mais tout se joue là. Sarek, c’est un peu ce moment étiré sur 500 pages, jusqu’à la décision de trop.





Notre avis LivresEnsemble sur Sarek

Avec Sarek, Ulf Kvensler signe un premier roman solide, qui mérite ses prix et sa réputation de révélation du polar nordique. On sent le travail d’un scénariste qui sait doser tension, décors marquants et retournements de situation.

Ce qu’on retient surtout :

  • un huis clos de pleine nature, original et mémorable
  • une atmosphère qui colle à la peau longtemps après lecture
  • un traitement psychologique suffisamment ambigu pour alimenter les discussions entre lecteurs

À nos yeux, Sarek est une très bonne option si vous cherchez :

  • un polar à emporter en week-end (mais peut-être pas en refuge en haute montagne…)
  • un roman qui donne la sensation physique du froid, de la fatigue, de la peur
  • un livre dont on peut débattre longtemps, notamment sur la fin

Si vous aimez vos polars plus chaleureux, plus bavards, plus « cosy crime », vous trouverez probablement ce trek un peu rude. Mais si l’idée de suivre un petit groupe au bord de la rupture, coincé dans un parc naturel sans échappatoire, vous intrigue, alors ce Prix du meilleur Polar 2025 mérite clairement une place en haut de votre pile à lire.




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